Est-ce parce que je suis une femme? par Amel Bouazza BRIDGR Invitée

Amel Bouazza, Présidente et fondatrice du Groupe Amelior Inc. et Directrice Générale et Vice-présidente principale de Kanzy medipharm Inc.  – L’entreprise développe et fabrique des suppléments alimentaires innovants, de source 100% naturelle, pour les animaux d’élevage destinés à l’alimentation humaine.

Est-ce parce que je suis une femme ? Peut-être !

Quand j’ai choisi de me joindre officiellement à Kanzy Medipharm ce fut d’abord une tentative de calmer mon rythme de vie. Passer d’un poste exigeant et itinérant, où vie professionnelle se conjuguait avec vie personnelle, à un poste moins exigeant et plus calme qui me permettait de retrouver ma fille de 4 ans, dès 17h00.

Chassez le naturel il revient au galop !

Évidemment c’était un voeux pieux… Quelques mois après mon arrivée je me retrouve en train de revoir le modèle d’affaires de la compagnie, repenser la stratégie d’entreprise et lancer une réflexion stratégique. Tout ceci aboutit à des décisions drastiques où les fondements de l’entreprise, son identité, son métier et son positionnement ont été revus. C’était loin d’être calme.

Kanzy Medipharm était depuis 1998, une entreprise de développement de produits et marchés, une entreprise de négoce, qui faisait produire ses commandes à travers des sous-traitants, dans des usines à l’étranger. La réflexion stratégique de 2007 a conduit la PME à se lancer dans la fabrication de ses propres produits au Québec, pour renforcer sa crédibilité auprès de ses clients et rentrer ainsi dans la catégorie d’entreprise manufacturière productrice d’additifs alimentaires naturels pour les animaux d’élevage.

Entreprendre, c’est apprendre de ses échecs

Notre première tentative d’ouverture d’usine fut à la fin de 2007.
Tout a été préparé rigoureusement : plan d’affaires solide et détaillé, plan d’investissements et la location de la bâtisse. En parallèle, j’avais rapidement constitué un réseau d’investisseurs et de conseillers. Tout allait bien, mais c’était sans compter sur les turbulences de la crise financière de 2008 qui ont fait rétracter la banque principale. L’onde de choc a aussi fait reculer les autres intervenants. Le projet a été interrompu et nous avons miraculeusement pu rompre le contrat de location de la bâtisse. On aurait perdu, en plus du loyer déjà payé qui s’élevait à 120 000$, une pénalité onéreuse.

La deuxième tentative, en 2009, a aussi été un échec.

Chaque échec était une opportunité pour réussir la prochaine tentative, en 2013 nous avons finalement réussi à monter notre usine à Longueuil.

Tout était à faire. Comprendre le métier, connaître la réglementation, constituer l’équipe, écrire les procédures, dessiner les diagrammes de fabrication, acheter les équipements, faire des essais … et le plus dur était de garder l’équipe mobilisée et maintenir le rythme des ventes.

J’avais besoin d’apprendre à être une meilleure leader

Pour réaliser tous ces projets en bonne et due forme, j’avais décidé de poursuivre un programme de MBA à temps partiel, les soirs de la semaine. J’avais pris Kanzy Medipharm comme un cas pratique dans mes projets de recherche et j’ai acquis ainsi les compétences de management de situations complexes et l’entreprise a bénéficié de ses apprentissages. Mon style de leadership participatif et consultatif dans la compagnie prenait de plus en plus forme. C’est ce qui gardait les membres de l’équipe mobilisés. J’assumais et j’affichais le fait que je ne peux être experte dans tout et que j’ai toujours besoin de chaque membre de mon équipe, mais j’avais besoin de les garder mobilisés, et ça n’a pas toujours été facile.

En 2016, trois années seulement après son ouverture, nous avons décidé de certifier l’usine aux normes internationales GMP (Good Manufacturing Practices) et HACCP (Hazard Analysis Critical Point). Un autre gros projet que je m’imposais. Gérer le changement était plus difficile que le changement lui-même. Certains membres de l’équipe de production ont longuement résisté aux nouvelles orientations et aux nouvelles habitudes de production.

Parce que je suis une femme ?
Peut-être.

Pour le bien de la compagnie, j’ai dû accepter mes limites et bien comprendre mes forces. J’ai utilisé mes habiletés politiques pour influencer leurs comportements et leur inculquer les normes à travers des formations simplifiées et répétitives. Ça exigeait du tact et beaucoup de patience, c’était exigeant, mais ça a marché !

Nous avons eu notre double certification, catégorie bronze en 2017 et catégorie Or en 2018. Le leadership c’est eux qui me l’ont attribué, et me considère depuis comme leur leader.

L’aventure se poursuit, les ventes doivent évoluer, les clients doivent être satisfaits. Pour comprendre les problématiques rapportées par les clients et par les opérateurs, je me mets, au moins deux fois par mois, sur la ligne de production en remplacement un nouvel opérateur à chaque fois et j’exécute fidèlement sa tâche. Du mélange des ingrédients dans la cuve, jusqu’à la mise en carton en passant par l’embouteillage.

Le travail de cuisine, quoi ! Ceci ne m’impressionne pas. Est-ce parce que je suis une femme ? Peut-être.

Mon caractère féminin a donné un style à toutes nos activités, j’assume mon penchant vers l’esthétique, et le président me donne carte blanche. Si Kanzy Medipharm s’est lancé dans la production, ça ne devait pas nous distraire des activités de marketing et notre présence sur le web. L’entreprise s’est dotée en 2018 d’un nouveau look, un nouveau site web, une version de logo améliorée et une nouvelle charte corporative.

Dans la même année, Kanzy Medipharm a été lauréate au Prix performance 2018- distinction régionale, décernée par le Gouvernement du Québec via le Mouvement Québécois de la Qualité.

Comme les activités commerciales de Kanzy Medipharm sont exclusivement à l’étranger, il était important de se faire un nom au Québec. Malgré les doutes de certains membres à l’interne et à l’externe de l’organisation, j’ai pris le dossier en main et j’étais déterminée à faire de Kanzy Medipharm une entreprise des plus reconnues au Québec.

J’ai finalement réussi : mission accomplie ! La nouvelle s’est répandue à travers toute la province.

Est-ce parce que je suis une femme ? Peut-être. 

Plus on met la femme au défi, plus elle est déterminée à le relever. Plus elle relève des défis, meilleure elle est. Oui, parce que je suis une femme, parce qu’on a douté parfois de mes capacités, que je me suis mise à réaliser des projets, un après l’autre. Tout est faisable et tout devient possible, même dans une usine.

Grace à cette dynamique naturelle et naissante chez les femmes de vouloir relever des défis, pousser au changement dans leur environnement et faire la différence dans la société, que le secteur manufacturier, comme tout autre secteur, a tout intérêt à impliquer davantage de femmes.

Les enjeux du secteur manufacturier au Québec

Les enjeux du secteur manufacturier au Québec sont nombreux et majeurs : pénurie de main-d’œuvre, faible productivité et sous-représentation de la femme. Selon le Manufacturier Exportateur du Québec les femmes représentent 48% de la population active au Canada or on n’en compte que 28% dans le secteur manufacturier.

Pour pallier le problème de pénurie de main-d’œuvre et de la productivité, toutes les parties prenantes doivent s’y mettre : les manufacturiers, les ministères et les paliers de développement économique ainsi que les institutions financières.

Les manufacturiers doivent automatiser et optimiser leurs lignes de production pour contrer aux différents types de gaspillage et maximiser ainsi la productivité et recruter davantage des femmes pour occuper des postes traditionnellement réservés aux hommes.

En face de projets de cette ampleur, les gouvernements doivent encourager davantage les PME avec des programmes clairs, francs et faciles d’accès en encourageant le passage à l’industrie 4.0, la parité entre les femmes et les hommes dans les usines et renforcer l’aide aux femmes chefs d’entreprises et entrepreneures. Le reste est une question de management.

Saint-Jean-Sur-Richelieu, 13 janvier 2019

Amel Bouazza, Directrice Générale et Vice-présidente principale de Kanzymedipharm  – L’entreprise développe et fabrique des suppléments alimentaires innovants, de source 100% naturelle, pour les animaux d’élevage destinés à l’alimentation humaine.

Et présidente fondatrice du Groupe Amelior Inc.

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